Des forêts éducatives

Roland Gérard, sur le site Agoravox.fr, à publié l’article suivant Des forêts éducatives. Des propos de plus en plus d’actualités, il est urgent que notre société réagisse.

Et si la première fonction de la forêt était éducative. Et si sa fonction principale était de nous rendre plus humain. Et si être plus humain passait par le tissage de lien avec le reste du vivant. Sincèrement, je le crois. Nous sommes de plus en plus éloignés de la nature, l’histoire de l’humanité pourrait se résumer ainsi. Plus on avance dans cette civilisation où nous sommes tombés et plus on est loin de nos frères animaux et nos sœurs les plantes sauvages. Plus nous nous rapprochons des bêtes et des plantes et plus nous devenons humains. Plus nous nous inscrivons dans le temps long, le temps des générations, notre temps. J’ai bien aimé le tweet de Bernard Pivot du 7 mai : « Tant que les hommes ne verront pas les ours blancs pleurer, les rhinocéros gémir, les hirondelles se lamenter, les abeilles appeler au secours, les séquoias implorer le ciel, ils resteront insensibles à l’extinction massive des espèces animales et végétales. ». Heureusement certaines et certains d’entre nous, entendent, voient, se rendent compte, savent.

On est bien en forêt, ça suffit

C’est immense et c’est fort la forêt. Elle est autant dehors, comme un élément de notre paysage qu’à l’intérieur de nous-mêmes. La forêt est en nous et à l’extérieur de nous. La forêt c’est le sauvage. L’une, celle de l’intérieur, est tenue étouffée, quand l’autre, celle de l’extérieur, est dévastée. Mais suffit de mettre les enfants dehors pour que la magie opère. Voilà l’être humain chez lui, nous voilà enfin en milieu connu et très vite on y est bien, et bientôt on y est tout à fait bien, argument suffisant pour qu’on y aille. Et voilà qu’on ne peut plus s’en passer. Les films l’autre connexion et Être plutôt qu’avoir montre combien c’est riche pour les enfants de connaitre des expériences en forêt. C’est même riche pour l’ensemble de la communauté et pas seulement pour les enfants.

Bonne pour le cerveau, la forêt

Cela fait des années maintenant que la recherche argumente sur les bienfaits de la nature sur notre santé. Le Réseau Ecole et Nature a réalisé, il y a bien dix ans maintenant, un dossier sur le syndrome de manque de nature. La revue Cerveau et Psycho met en avant dans son numéro de mai 2019 les bienfaits de la nature sur notre cerveau. « De plus en plus, les données issues de la psychologie et des neurosciences convergent vers le même constat : déconnecté du milieu qui l’a façonné pendant des milliers d’années, notre cerveau se développe moins bien et fonctionne de façon moins efficace et moins apaisée. Les recherches invitent donc à se reconnecter à la nature. En s’y immergeant régulièrement… Au contact de la nature, le cerveau des enfants « pousse » mieux. Résultat : de meilleures capacités de mémoire, de concentration, de régulation émotionnelle. Et moins de troubles mentaux. »

Passeurs de nature

Tout le monde n’est pas bien en forêt. Le plus souvent parce que c’est un milieu qu’on ne connait pas et qu’on a loin dans notre mémoire l’idée bien ancrée qu’on peut s’y perdre. Mais c’est peut-être à ne pas assez la fréquenter que l’homme s’est perdu. Parce qu’il faut bien le reconnaitre, il s’est perdu ! Loin des bêtes et des plantes nous sommes perdus. Y retourner c’est nous sauver. “Dans la vie sauvage repose la sauvegarde du monde » disait Henri David Thoreau. Rien de mieux pour y retourner que de s’adresser à un passeur de nature. Il s’agit simplement d’une personne qui se sent bien dans les bois et qui saura nous le transmettre. En y réfléchissant un peu on se rend compte qu’on est tous passeurs de nature. On s’est toutes et tous construits au contact de la nature même si ce n’est qu’un tout petit peu ça compte et nous avons tous quelque chose de bon à transmettre à un autre de nos semblables. 

Des Forest schools partout

Une condition sine qua non pour que ce passage de nature se fasse c’est que tous les enfants, mais aussi les familles aient un accès à des lieux adaptés. Des lieux forestiers qui n’auraient comme unique vocation que de permettre la connexion à la nature. Les villes se sont dotées de bibliothèques municipales quand cela devenait vital au peuple et à la Nation de pouvoir lire, puis elles se sont dotées de piscines municipales quand c’est devenu important d’apprendre à nager, aujourd’hui elles ont à se doter de forest school municipales parce que ça devient vital pour les citoyens et la Nation de créer des liens avec la nature. Les collectivités, l’Etat, les entreprises, les particuliers en ayant les moyens, ont ici un rôle essentiel, pour ne pas dire historique, à jouer. Le Réseau de la pédagogie par la nature (RPPN) regroupe beaucoup de porteur de projets de forest school. C’est une affaire très sérieuse, elles et ils étaient plus de 150 participant.e.s de 22 pays réunis à Zurich lors du rassemblement international des 3 au 5 mai dernier. En Angleterre, en Allemagne, dans les pays nordiques, c’est déjà une réalité sociale importante, c’est en train de le devenir en France.

Mobilisation générale

1 millions d’espèces animales et végétales menacées d’extinction, c’est dans tous les journaux. C’est l’heure de faire des liens avec la nature et pour ça l’heure de faire des liens entre nous. Les colibris organisent une agora sur le thème de la connexion à la nature. Ceux qui pratiquent ce type d’éducation se réunissent, les choses sont bien conduites avec des méthodes participatives et des propositions nouvelles vont émerger. Faisons un forest school, faisons un club CPN… promenons nous dans les bois avec les enfants, nous en avons besoin, la forêt a besoin de notre présence.

A suivre.